Ce diamant synthétique qui divise

Créateur de talents du CAP au BAC+2

Menu
Gemmologie

Ce diamant synthétique qui divise

Ce diamant synthétique qui divise

25 févr. 2021

Par Marie Chabrol

Le diamant synthétique est désormais bien installé dans le paysage joaillier. Se battre contre sa présence est donc vain. Et pourtant, force est de constater que ce sujet divise toujours fortement dans l’industrie de la joaillerie. Aujourd’hui, le diamant synthétique ou de synthèse représente moins de 3% des ventes dans un marché estimé à plus de 70 milliards de dollars. Reconnues comme existantes depuis un communiqué de la General Electrics le 15 février 1955 déclarant la création avec succès « de diamants conçus par la main de l’homme, (…) le résultat de près de 125 ans d’efforts pour reproduire la substance la plus dure et la plus glamour produite par la nature », ces pierres sont aujourd’hui une réalité. S’il faut donc se battre sur un certain nombre de points, c’est d’abord sur un problème d’appellation qui soulève aujourd’hui un souci juridique plus qu’important et, ensuite, sur des arguments marketing dont la réalité risque, à terme, de voir déchanter de nombreux clients. Et c’est exactement le propos de l’étude Opinion Way commandée par le Collectif Diamant (constitué du Natural Diamond Council, de l’UFBJOP, de Francéclat, du Laboratoire Français de Gemmologie (LFG) et l’Union de la Bijouterie Horlogerie) qui défend le diamant naturel. Une étude à analyser finement mais qui pointe des problèmes évident de perception des diamants naturels et synthétiques dans la tête des clients.

 

 

1-     La réalité des chiffres

 

Pour réaliser cette étude, Opinion Way a interrogé 1001 personnes de + de 25 ans dites CSP+ soit des chefs d’entreprises, des artisans, des commerçants, des personnes exerçants des professions intellectuelles supérieures et intermédiaires. Et ce pour une raison très simple : les CSP+ constituent la cible marketing privilégiée pour ce type de produit à cause d’un pouvoir d’achat jugé important et de sa manière de consommer. Le résultat global démontre que 52% des interviewés ont une expérience avec le diamant : ils en ont déjà achetés ou ils en possèdent (pierres de famille par exemple). Enfin 42% des sondés pensent à acheter un diamant dans un avenir proche.

 

L’étude a sondé les participants sur les 7 termes actuellement recensés sur le marché du diamant : naturel, synthétique, de synthèse, simulant, de culture, de laboratoire, créé en laboratoire (ces deux derniers termes renvoyant à la traduction des termes américains lab-grown diamond ou lab-created diamond). Pour 90% d’entre eux, le terme « diamant naturel » est parfaitement perçu : il s’agit bien d’une pierre naturelle extraite de la terre ; 81% des sondés ont pu en donner une définition claire et juste.

 

Les termes « diamant synthétique » et « diamant de synthèse » ne posent pas vraiment de souci de compréhension auprès des sondés. 83% des personnes interrogées définissent clairement un diamant synthétique comme un diamant dont la fabrication est industrielle. Et 90% des interviewés le considèrent bien comme une matière non extraite d’une mine.

 

Là où l’étude révèle de d’importants problèmes de perception c’est justement sur le terme « diamant de culture », employé de manière constante dans les opérations marketing actuelles et repris sans aucune analyse par la presse grand public depuis maintenant de nombreuses années. Et les chiffres sont éloquents sur l’incompréhension de ce terme :

-          55% des sondés n’ont pas pu définir ce terme

-          11% pensaient que ces pierres étaient similaires aux perles de culture (un « diamant dans une huitre »)

-          34% pensaient que ces pierres étaient formées naturellement

 

Sur la perception de la valeur, la terminologie joue encore un rôle important : La quasi-totalité des personnes interrogées ont associé diamant naturel avec « valeur élevée » (91%) et diamant synthétique/de laboratoire avec « faible valeur » (87%). En revanche, seuls 57% des sondés associent le diamant de culture à une valeur faible. Encore une fois, ce terme pose un gros problème de compréhension, surtout quand on se rend compte, à la lecture de l’étude, que 65% des 25-34 ans envisagent d’acheter un diamant et que 39% de cette classe d’âge interrogée pensent que les diamants de culture sont « plutôt ou tout à fait naturel ».

 

2-       L’appellation Diamant « de culture » n’a pas lieu d’être

 

Sur ce point litigieux, il faut se référer à plusieurs textes mais surtout bien comprendre ce que les juristes appellent « la hiérarchie des normes » qui permet de classer et de positionner par ordre d’importance et d’application les textes juridiques qu’ils soient français, européens ou internationaux. Car oui, la loi qui s’applique sur le territoire français n’est pas uniquement le résultat des discussions des législateurs hexagonaux.

En France, le texte juridique qui régit les appellations dans le domaine des gemmes porte le nom de Décret n°2002-65 du 14 janvier 2002 relatif au commerce des pierres gemmes et des perles. C’est une norme réglementaire. L’article 4 est ici celui qui nous concerne directement. Il dit précisément que le terme « synthétique » est celui que l’on doit utiliser « pour les pierres qui sont des produits cristallisés ou recristallisés dont la fabrication provoquée totalement ou partiellement par l’homme a été obtenue par divers procédés, quels qu’ils soient, et dont les propriétés physiques, chimiques et la structure cristalline correspondent pour l’essentiel à celles des pierres naturelles qu’elles copient ». Que le diamant synthétique soit de type HPHP (Haute Pression Haute Température) ou de type CVD (chemical vapor deposition), celui-ci entre parfaitement dans le champ d’application de cette partie de l’article 4.

 

Plus loin dans le texte, mais toujours dans l’article 4, il est précisé que « L’emploi des termes : « élevé », « cultivé », « de culture », « vrai », « précieux », « fin », « véritable », « naturel » est interdit pour désigner les produits énumérés au présent article ». Aussi, l’appellation actuelle de plus en plus répandue « diamant de culture » est absolument ILLEGALE sur le territoire français. Ainsi que le précise également l’article 9 du présent décret « Il est interdit d’importer, de détenir en vue de la vente, de mettre en vente, de vendre ou de distribuer à titre gratuit les matières et produits mentionnés à l’article 1er sous une dénomination autre que celle prévue aux articles 2 à 8 du présent décret. Cette dénomination est indiquée sur les étiquettes accompagnant le produit et sur tout document commercial ou publicitaire s’y référant. » 

 

Juridiquement, il est intéressant de remonter la hiérarchie des normes pour savoir si ce texte ne s’oppose pas à un texte supérieur. Le seul texte supérieur (car international) existant est la norme internationale ISO 18323:2015 répondant à l’intitulé « Bijouterie — Confiance du consommateur dans l’industrie du diamant », publié en juillet 2015. La norme vient d’être confirmée à nouveau. A la différence du décret de 2002, ce n’est pas une norme réglementaire mais une norme volontaire, elle reste donc facultative dans son application. L’AFNOR explique ainsi clairement que « pour répondre à des situations précises d’intérêt général l’administration peut également décider de se référer à une norme volontaire pour garantir l’obtention d’un certain niveau de protection des personnes ou des installations. La norme volontaire citée dans la règlementation devient alors, dans ce cas très précis, d’application obligatoire. » Dans notre démonstration, la norme ISO n’apporte pas plus d’argument et n’est pas citée dans la réglementation en vigueur. Elle explique que les termes acceptables sont « diamant synthétique », « diamant fabriqué en laboratoire » ou encore « diamant créé en laboratoire ». Mais en France, seules les appellations « diamant synthétique » ou éventuellement « diamant de synthèse » sont valides.

 

D’une manière plus générale, le point problématique étant la confusion dans le langage commun entre synthétique et artificiel. Rappelons donc ici qu’un produit synthétique possède un équivalent dans la nature (synthétique car synthèse d’une formule naturelle) alors qu’un produit artificiel est un produit créé de toutes pièces. Aussi la dénomination « diamant artificiel » n’a pas lieu d’être pour ces pierres puisque la formule chimique est la même que celle des pierres naturelles.

 

3-       Est-ce que les appellations « diamant de laboratoire », « diamant créé en laboratoire » ou encore « diamant fabriqué en laboratoire » sont illégales ?

 

Dans le cadre de la loi actuelle, il n’existe aucune disposition disant clairement que ces appellations sont interdites. Mais, à la lecture de la loi, elles ne sont pas valides non plus. Si ces dénominations sont listées comme valides par la norme ISO 18323:2015, le fait que cette norme soit volontaire et non explicitement inscrite dans le décret n°2002-65 la rend – pour le moment – inapplicable sur le territoire. Cela dit, elle sera peut-être appliquée un jour en France.

 

4-       Le diamant synthétique est-il éthique ? 

 

Ce point est intéressant car l’étude d’Opinion Way fait référence à la perception éthique des diamants quels qu’ils soient. Les sondés étant dans le doute entre « diamant synthétique » et « diamant de culture », ils estiment que le diamant de culture est plus éthique que le diamant synthétique (24 contre 21%) et qu’il est aussi plus écologique (26 contre 19%). Dans les deux cas, le diamant naturel (55%) est jugé plus éthique et plus écologique que sa version synthétique.

 

Et dans la réalité qu’en est-il ? A partir du moment où ces pierres sont fabriquées dans des laboratoires et usines qui respectent des normes environnementales et sociales, on peut considérer que ces pierres ont un impact plus modéré pour l’homme que des diamants extraits dans les zones d’extraction minières que sont aujourd’hui, par exemple, l’Afrique, le Canada ou encore la Russie. Ne nous leurrons pas, l’exploitation minière, malgré ses efforts considérables, est loin d’être parfaite. Et bien que la plupart des grandes mines mondiales possèdent des normes ISO garantissant la bonne gestion écologique, les dommages sur l’environnement, les écosystèmes et les populations autochtones sont excessivement lourds. Parallèlement, se pose le problème de la requalification des sites miniers après exploitations. Ainsi, on pense largement à la Kimberley Mine « The Hole » dont le trou d’extraction n’a jamais pu faire l’objet d’une quelconque réhabilitation. Dans la même perspective, la mine russe de Mirny est assez effrayante dans le contexte écologiquement tendu du XXIe siècle. Plusieurs mines sont en cours de fermeture dans le monde. La requalification de ces sites devra être surveillée attentivement.

 

Dire que l’extraction du diamant pose de nombreux problèmes est un fait avéré. Mais dire que le diamant synthétique est éthique est aujourd’hui sans réel fondement. Aujourd’hui les diamants de synthèses sont produits principalement en Russie, en Chine et également aux USA qui s’avèrent aussi être parmi les pays les plus pollueurs du globe. Clairement indissociables à l’œil, ces diamants synthétiques n’ont pas à pâlir face aux diamants naturels. Ici, rien à voir en termes de qualité avec les émeraudes ou les corindons synthétiques qu’un bon gemmologue peut détecter assez aisément. Nous avons clairement franchi un cap technologique.

 

Quelle que soit la pierre que vous achetez, faites-en l’acquisition dans le respect de vos valeurs et de votre budget mais n’ayez pas peur de demander des informations claires et sourcées auprès du vendeur. Enfin, ayez à l’esprit qu’un bijou n’est pas un investissement mais qu’il peut le devenir. La revente d’un diamant de synthèse ne donnera aucun bénéfice. Nous n’avons aucun recul sur ces pierres et nous ne pouvons prédire comment le marché les intégrera et les gérera d’ici 20, 30 ou même 100 ans. A titre d’exemple, les autres pierres synthétiques n’ont que peu de valeur sur le marché du neuf et aucune valeur sur le marché de la seconde main.

 

Pour ne pas être déçu dans le temps, savoir ce que l’on achète est donc absolument nécessaire. Aussi, l’application du décret n°2002-65 du 14 janvier 2002 est absolument indispensable pour garantir la protection du consommateur

Vous souhaitez plus d'infos ?

ibs@maineetloire.cci.fr -  Tél 02 41 83 53 93 Contactez-nous