Faire naitre la solidarité au sein de l’Espace Formation du Saumurois

La vie à l'IBS

Faire naitre la solidarité au sein de l’Espace Formation du Saumurois

Fort de son engagement dans le suivi des alternants, l’espace Formation du Saumurois accompagne depuis maintenant des dizaines d’années les jeunes qui s’engagent dans la voie de l’alternance. Au-delà d’un simple accompagnement administratif, la CCI du Maine-et-Loire a mis en place depuis de nombreuses années des accompagnements autour des thématiques sociales et solidaires afin d’aider les apprenants qui en ressentent le besoin. Alors que le projet d’une boutique solidaire vient de voir le jour au sein du centre de formation, rencontre avec la porteuse de ce beau projet – Mme Justine Rolland – Chargée d’accompagnement social et professionnel à la CCI - site de Saumur.

1-      Bonjour Justine, quel est exactement ton rôle sur le site de Saumur ?

Au sein de l’EFS, j’accompagne les apprentis à titre individuel sur toutes les questions financières, relatives à l’hébergement et au transport. Et aussi sur un versant plus intime je peux apporter une aide sur les difficultés familiales, sociales, éducatives et de santé. Je les reçois donc en rendez-vous pour mettre des mots sur ces difficultés. Cela peut être par le biais d’un seul rendez-vous mais aussi la mise en place d’un suivi plus poussé. Je peux aussi les orienter vers nos partenaires quand les profils le nécessitent. Cela va dépendre autant du jeune que des difficultés rencontrées. Je travaille aussi sur un versant plus collectif avec des thématiques particulières en fonction autant de l’actualité que des actions plus globales définies par l’EFS : la journée sans tabac, les relations hommes-femmes, les violences conjugales. La boutique solidaire s’inscrit donc dans cette démarche de créer autant du lien que de répondre à un besoin inhérent sur le site de Saumur.

2-      La boutique solidaire a ouvert le 16 juin dernier. Quel est ton rôle dans ce projet et pourquoi ce projet ?

Ce projet a vu le jour il y a quelques mois, suite à la modification des aides pour les apprentis. L’année dernière, nous dépendions du fonds social de la Région Pays de la Loire. Avec les personnes en charge de ce fonds, nous montions des dossiers en fonction des demandes des jeunes et des situations. Il fallait des situations suffisamment graves pour faire débloquer une aide financière versée d’un seul tenant pour l’année complète : un emménagement, un problème de voiture. Avec une obligation, que cette demande soit liée au statut de l’apprentissage. Mais les contrats d’apprentissage ont été repris par les OPCO et ces organismes n’ont pas encore remis en place de fonds social même si d’autres aides existent, comme celle qui permet de financer du matériel professionnel. Devant cette situation, et une certaine inquiétude car nous avions beaucoup de demandes, nous avons imaginé une solution afin d’apporter une aide matérielle aux jeunes. C’est dans ce cadre que la boutique solidaire a vu le jour dans nos têtes. L’objectif est que les dons que l’on reçoit puissent permettre aux apprentis, pour un budget minime ou un don/échange de notre part, de s’équiper avec des objets du quotidien qui peuvent s’avérer difficiles à acheter avec leurs salaires. Alors, cela ne répond pas complétement au fonds social dont nous dépendions mais c’est une première réponse pour équilibrer les budgets des jeunes.

3-      Est-ce que ce projet trouve uniquement son origine dans la suppression du fonds social ? Est-ce que la période actuelle a aggravé les difficultés des jeunes ?

Il y a toujours eu des difficultés latentes pour les apprentis. Les salaires ne sont pas forcément conséquents et ils doivent parfois assurer des déplacements nombreux, un logement individuel. Cela donne donc lieu à des dépenses conséquentes au vu de leur niveau de rémunération. Ils peuvent se retrouver rapidement en difficulté. La période COVID a révélé également des soucis dans la gestion du quotidien avec des dépenses supplémentaires. Le contexte a mis aussi en évidence une envie plus importante des gens de recycler, de faire plus attention, de consommer différemment. C’est ce tout, mis bout à bout, qui a donné naissance à la boutique.

4-      La boutique répond donc à la démarche RSE de la CCI du Maine et Loire ?

Bien sûr ! Ces questions nous importent sur les sites de la CCI et s’inscrivent aussi dans une démarche qualité. S’il est possible d’allier cela à l’accompagnement des jeunes pour rendre leur quotidien plus simple, c’est idéal.

5-      Tu parlais d’achat ou de dons au sein de la boutique. A quoi vont donc servir les fonds générés par ce lieu solidaire ?

L’objectif de ce projet n’est pas de générer des sommes importantes. Nous travaillons sur ce projet avec les apprentis en CAP Vente Commerce qui nous accompagnent et cette question a été posée à plusieurs reprises. Ce projet ne vise ni à récolter de l’argent ni à faire un bénéfice. Les gains n’ont pas vocation à se substituer aux aides des OPCO par exemple ni à nourrir le jeune fonds social de la CCI Maine-et-Loire. Pour le moment, car le projet est tout récent, les sommes serviront à faire évoluer la boutique en terme de décoration, aménagement…etc. Ensuite, nous verrons ce que cela donne, la manière dont le projet évolue et grandit.

6-      Alors, que va-t-on trouver dans cette boutique ?

Nous sommes partis d’un questionnaire adressé aux apprentis et nous avons dégagé plusieurs catégories dans les besoins. On y trouvera des vêtements et des accessoires (sac, chaussures), il y aura des objets pour la maison, de la décoration aussi, de la vaisselle. Et nous ajoutons un versant « culture » avec des livres, et du matériel scolaire. Enfin, nous avons décidé de passer par un panneau d’affichage pour des raisons de stockage, mais nous proposerons aussi des annonces de meubles à récupérer dans le secteur de Saumur. Aussi, vous pouvez faire des dons et nous contacter afin d’alimenter cette boutique avec des objets en bon état qui n’auraient plus leur place chez vous.

7-      Est-ce que la boutique pourrait évoluer vers une épicerie solidaire comme cela se fait dans d’autres villes ?

A l’école, il existe déjà une initiative autour de paniers de légumes à récupérer directement auprès d’un producteur local le jeudi soir. Pour le moment, pour des raisons de conservation, l’épicerie était compliquée à mettre en œuvre mais nous y réfléchissons et notre porte n’est pas fermée. La question du mieux manger est cruciale pour nous aussi. Pour le moment, il faut vraiment que l’on réfléchisse à la manière dont les choses peuvent s’organiser car il faut pour cela que les apprentis soient là le jour J. Sauf à ce que cela soit des produits non périssables et encore, en petite quantité. Mais si nous pouvions développer cela, nous en serions ravis. Il faut aussi préciser que ces projets demandent un investissement en temps personnel donc si des bonnes volontés se sentent de prêter main forte sur du long terme, on peut imaginer que les choses se développent.

8-      A Saumur, ils existent des structures solidaires telles qu’Aspire ou Emmaüs. Pourquoi avoir fait le choix de créer une structure interne à l’école et non de s’appuyer sur ces deux entités déjà bien implantées ?

La boutique solidaire n’a pour objectif que de servir aux apprentis du CFA. Du moins dans un premier temps. Nous avons longuement rencontré ces partenaires basés sur le Saumurois et il en est ressorti que les jeunes n’étaient pas utilisateurs de ces structures. Notre idée a été bien accueillie car la tranche d’âge des jeunes du CFA n’est pas représentative chez eux. Il y a aussi une question d’horaire, les jeunes travaillant la journée et n’étant pas toujours sur le saumurois durant le week-end, car ils sont nombreux à repartir dans le secteur où ils travaillent hors des temps d’école. De plus, beaucoup de jeunes ne sont pas mobiles, car ils n’ont pas tous des voitures. Ce n’est facile de se rendre dans ces structures qui, pour des raisons de stockage, ne sont pas en plein centre-ville. Ici, la boutique est sur place, dans l’école et sera ouverte à des heures qui sont compatibles avec l’emploi du temps des apprenants.

9-      A quoi attribues-tu le manque de mobilité des jeunes, hors le souci de voiture ?

Je pense que personne n’aime montrer ses difficultés et le fait que la boutique soit dans le CFA représente, à la fois, une forme de facilité, et une forme de confiance. Ils connaissent l’équipe, ils savent que nous respectons leurs soucis personnels et que nous essayons de les accompagner. De ce fait, ils ont moins peur d’aller vers une entité qui se créé dans le CFA que vers une structure extérieure qu’ils ne connaissent pas. Ce n’est jamais évident de dire que l’on a besoin de quelque chose ou que l’on est en souffrance pour acquérir un objet nécessaire au quotidien. Le fait de les recevoir en rendez-vous individuel est une première manière de poser des mots sur des demandes.

10-   Est-ce que ce projet basé à Saumur va exister ailleurs, à Cholet et à Angers par exemple ? Est-ce que ce projet, ici à Saumur, s’explique par des situations plus complexes sur ce site que sur les autres ?

Mes collègues sur les autres sites sont très intéressés par cette expérimentation que nous menons ici-même. Il y a eu des essais ponctuels aussi à Angers en lien aussi avec des CAP vente. Lors de mes échanges avec mes collègues, je me rends compte que nous avons à Saumur des situations très complexes et fragiles peut être dû au territoire Saumurois et à sa pauvreté, mais je ne connais pas assez bien les deux autres villes de Cholet et Angers pour l’affirmer.

11-   On lui souhaite quoi à cette boutique sur le long terme ?

La question est intéressante car dans l’idéal, on aimerait qu’elle ne soit pas nécessaire sur le versant aide et que les jeunes n’éprouvent pas de besoin pour s’équiper. C’est le but de toutes les structures d’aide. On aimerait qu’elles n’aient plus besoin d’exister. Nous, on va déjà regarder comment le projet prend, si les jeunes osent venir et la font fonctionner. Je crois surtout que le versant écologique, lui, va perdurer. Les idées autour du recyclage, de la seconde main ont, je crois, de beaux jours devant elles. On peut aussi imaginer qu’elle s’ouvre à d’autres publics comme les étudiants par exemple. La porte n’est pas fermée et si la demande nous parvient pour tisser des liens, nous regarderons comment y répondre.

12-   D’un côté pratico-pratique, quel sera son rythme de fonctionnement ?

La boutique vient d’être inaugurée et elle va tourner à un rythme très ralentie avec l’été car les apprentis ne seront plus au CFA à partir de fin juin. Nous envisageons de la déployer plus en avant à partir de la rentrée. Nous devons encore définir le rythme mais l’idée c’est de l’ouvrir deux à trois fois par semaine, entre midi et deux et après les cours de manière à ce que les jeunes puissent passer durant les pauses et en fin de journée avant de quitter l’établissement. Nous allons essayer de déployer un travail avec les jeunes et des bénévoles éventuels qui veulent nous apporter aide et bonne volonté. Parallèlement, l’idée est aussi d’impliquer les apprentis en CAP vente pour que ce projet fasse partie intégrante de leur formation à l’école. L’inauguration, même en fin d’année, correspondait aussi au fait de couronner une année de travail pour la créer. Aussi, nous vous attendons nombreux pour la découvrir !

Institut Bijouterie de Saumur – CCI
Institut Bijouterie de Saumur – CCI
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